Les vieux contes : La confession perdue - Magic the Gathering


Les vieux contes : La confession perdue

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Vanillax, le , 273 consultations

Première histoire du bloc Theros, cette lettre à Ajani vous présente on ne peut mieux le personnage d'Elspeth.

  Theros / La storyline de Magic

Cette histoire est la première du bloc Theros. Rédigée de manière épistolaire, elle relate l'arrivée d'Elspeth Tirel sur ce plan ainsi que sa débâcle sur Mirrodin, devenue la Nouvelle Phyrexia. Vous trouverez ici l'article original.

La confession perdue



Ajani,

Je t'écris cette lettre, sachant que tu ne la liras jamais. Quand j'en aurai fini avec ces mots, j'enroulerai le parchemin, le glisserai dans une fiole de céramique puis la jetterai dans un marais. C'est ainsi que l'on fait les prières ici, ou du moins celles adressées à Pharika, qui semble être la déesse des potions. C'est également la déesse des poisons, donc peut-être que ces mots ne feront qu'aggraver les choses pour moi. Je ne comprends pas encore ce plan – j'étais trop occupée à essayer de ne pas mourir. Mais je n'en suis pas encore là.





Koth m'a dit qu'il t'avait vu une seconde fois après Urborg, mais il ne m'en a jamais expliqué les circonstances. J'espère que tu n'as pas essayé de me retrouver sur Mirrodin, mais au moins tu dois avoir une idée de ce qui s'est passé. Tu sais que Phyrexia s'est relevée et a déferlé sur le plan métallique. Tu sais qu'une jeune mirrane du nom de Melira nous a octroyé une immunité contre l'infection phyrexianne. Tu as davantage voyagé à travers les plans que je ne l'ai fait, donc tu comprends probablement l'infection mieux que moi.

Koth est... était... un homme remarquable. J'ignore s'il a survécu. De ce que j'en sais, il a dû mourir de manière particulièrement atroce. Comme il est invulnérable à l'infection, ils devront le couper en morceaux avant de le voir se rendre. Les phyrexians sont des spécialistes du démembrement, et nous nous sommes promis l'un l'autre que nous nous donnerions la mort avant de les laisser nous réduire en miettes lambeau par lambeau pendant que nous vivrions encore. Mais je n'étais pas avec lui pour la fin, donc je n'en suis pas certaine. Si il nous a quittés, j'espère que ce fut bref.

C'était peu de temps après que Karn nous a quittés que j'ai pensé que la résistance avait une chance. Les praetors s'entredéchiraient pour la suprématie. Mais ils commencèrent à mépriser l'intrus, Tezzeret. Bien que la résistance n'ait qu'une réserve d'information limitée, nous pensions qu'Elesh Norn avait étendu sa domination sur les domaines d'Urabrask et de Sheoldred. Par conséquent, nous avons concentré toutes nos forces face à elle. Mais pour chaque vie que nous sauvions, ils en fauchaient huit, dix, une centaine de plus. Bientôt, il ne resta que peu d'entre elles pour être sauvées. Selon les mots d'Elesh Norn, « Nous sommes une entité unique. Les dissidents seront suturés dans l'orthodoxie. »





La vie sur Mirrodin était devenue une maladie au-delà des mots, dépassant toute compréhension. Et pourtant nous l'avons vécue. Jour après jour après jour... jusqu'à ce que nous ne puissions plus continuer. La résistance avait perdu. Nous avions atteint la fin - la nuit de notre baroud d'honneur.

Nous fûmes séparés de Melira et de ses gardiens. Je ne sais pas s'ils furent capturés, mais je ne vois pas comment ils pourraient leur avoir échappé. Koth et moi avons fait en sorte de nous infiltrer dans leur cathédrale-forteresse et avons traversé un dédale de mort et de folie. Nous avons dû traverser les Halls du Boucher afin d'atteindre la chambre secrète, qui avait été utilisée pour les exécutions « spéciales » du temps de Karn. Elle était vide à présent, à l'exception d'un tragique motif de sang séché pointillant le plafond, comme des étoiles, à travers un ciel nocturne.

Le plus important dans cette pièce était qu'elle se situait juste sous la nouvelle salle du trône, et que Koth portait avec lui une bombe à sortilège. Les mirrans en avaient depuis toujours, mais aucune d'une telle puissance n'avait jamais été construite. Nous l'avions modifiée en utilisant les plans de Venser. Il l'avait griffonné à travers son journal, à côté de ses plans pour les vaisseaux pouvant voyager de plans en plans inspirés de ceux des phyrexians. Ne m'en veux pas, mais je suis rassurée qu'il soit mort avant d'avoir pu achever son vaisseau.

Ajani, je prie pour que tu ne voies jamais Phyrexia. Imagine une feuille blanche avec un coin immergé dans un seau de sang. C'est dans les lois de la nature que la tache va s'étendre jusqu'à ce qu'il ne reste rien de plus qu'une tache suintante. C'est Phyrexia. La nuit dernière, ils ont tout entaché. Ils ont ravagé et nécrosé jusqu'à ce que Koth et moi soyons les dernières formes naturelles sur un plan qui ne l'était plus. Du moins c'est ce qu'il nous semblait.





Nous avions appris que les praetors se rassemblaient dans la salle du trône afin de choisir un nouveau Père – ou Mère – des Machines. Tezzeret était censé être là, lui aussi. Mais dans ce cas, ce serait probablement afin que les autres puissent le décapiter ou désosser des parties de son corps pour les assembler en quelque nouvelle construction. Nous ne savions pas si les praetors pourraient jamais être à nouveau aussi proches les uns des autres. C'était notre dernière chance de leur infliger des dégâts qu'ils puissent vraiment ressentir.

Pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher de penser : que reste-t-il à sauver sur ce monde ? J'ai reconnu les praetors comme étant les dieux de la Nouvelle Phyrexia. J'imagine que c'est ainsi qu'ils se considèrent eux-mêmes. "Contemplez la perfection." Même si nous réussissions et que nous éliminions tous les dieux de la Nouvelle Phyrexia, cela n'y mettrait pas fin pour autant. Ils n'ont pas besoin d'esprit pour mener un génocide – cela fait partie de l'infection elle-même. Elesh Norn, Sheoldred, Jin-Gitaxias – une tête perdue, et une autre repousse dans une glorieuse perfection. Et Phyrexia va se répandre, tu le sais aussi bien que moi.

Tu sais ce que Koth a dit : « Si la victoire n'est pas n'est pas possible, alors je combattrai pour toujours. » Mais cette nuit, j'ai atteint la fin du toujours. L'écrire à présent m'épuise, Ajani. Je sens comme des éclats de verre à travers ma gorge. Je deviendrais aveugle, si seulement je pouvais oublier tout ce que j'avais vu. Étais-je prête à mourir ici, avec Koth, à me sacrifier pour une cause plus grande ? Lui était prêt. Dans son esprit, ce n'était même pas un choix. Où qu'il soit à présent, quoi qu'il soit devenu, il ne fait aucun doute que son âme est meilleure que la mienne.





Les phyrexians nous avaient repérés avant même que nous ayons bloqué la porte. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils percent les défenses que Koth avait mises en place. Le fracas de leurs armes contre le mur devenait une cadence, comptant les secondes jusqu'à ce qu'ils soient à l'intérieur. Je n'ai ressenti nulle gloire, nul désir de grandeur. Pour te dire la vérité, je voulais juste que ça s'arrête. Que ce soit fait. J'étais blessée, affamée, et enterrée sous les noms des morts de ce monde et des autres. Koth alluma la bombe.

« Va-t-en, » lança-t-il.

As-tu remarqué à quel point c'était drôle ? As-tu jamais ressenti ce ralenti, comme si chaque seconde sentait comme une lame dans ta peau ? C'est la vérité des anges, mais je n'ai pas compris ce qu'il m'a dit. Je voudrais dire que j'ai protesté : « Non, non, je dois rester et me battre. » Quelque chose comme ça. Mais je l'ai juste fixé, écoutant la porte se ployer sous la détermination unie de nos assaillants à écorcher la peau de nos corps encore vivants.

« Vas-t-en, » répéta-t-il. « Et c'est inutile de revenir. Scelle ce monde, et jettes-en la clé. »

Mais pour aller où ? « Je n'ai pas de foyer, Koth. Plus après ça. » Plus après tout.

« Tu peux trouver le repos ou tu peux trouver un autre champ de bataille, » dit-il. « Mais pas ici. »

T'ai-je déjà raconté ce que Koth a fait à Venser ? Sur Urborg, quand il a vu que Venser construisait un vaisseau Phyrexian ? Il a recouvert sa tête de pierre, et l'a forcé à transplaner sur Mirrodin.

Maintenant c'était mon tour, mais il m'a juste noyée dans la pierre jusqu'aux genoux et m'a laissée comme ça. Comme si j'étais un symbole avertissant le monde de sa défaite imminente. Puis il a élevé un mur entre nous pour empêcher la bombe de me réduire en pièces. C'est tout Koth. Il t'impose un simple choix, comme si ça le rendait facile. Pars ou meurs.

Je sais que tu me dirais de lui pardonner. Il essayait de me sauver la vie, alors que je n'avais aucune envie de me sauver moi-même. Mais je l'ai haï pour m'avoir enfermée dans une cage à la porte contrôlée par d'autres mains que les miennes. Une porte de l'autre côté de laquelle bavent tous les cauchemars que j'ai jamais eu.

Je n'ai jamais été rapide pour transplaner. Une fois, tu m'a dit que cela deviendrait plus facile et ferait moins mal. Mais c'était comme si j'avais à utiliser un couteau imaginaire pour déchiqueter ma peau en préparation pour les Éternités Aveugles. Avec mes genoux bloqués, je me suis préparée. Mais pour partir, je devais me lier avec cette fétide et violente parodie de civilisation. Avant que j'en trouve la force, la porte explosa en morceau. C'était quelques secondes avant mon départ.





Un Oblitérateur fit irruption à travers la chambre. C'est une innovation de la contagion – une abomination conçue uniquement pour tuer. Selon cette vision malsaine, ces créatures remplissent parfaitement leur rôle. Elle vint à moi avec des rangées de dents arrachées des bouches des vivants. Des lames multiples, comme des bras, déchiraient l'espace tandis que des fumées nauséabondes s'échappaient de ses cavités ventrales. Vêtu de la peau de ses victimes, il portait avec lui l'héritage de vies broyées et brisées.

En un pas, il fut sur moi. Je n'avais pas levé mon épée que deux de ses lames s'enfonçaient profondément à travers mon ventre. J'ai reculé, et suis tombée au sol, avec mes jambes toujours encastrées dans la pierre. Le sol a tremblé derrière mon dos tandis que la bombe à sortilège de Koth explosait de l'autre côté de sa paroi improvisée, mais j'ignore l'étendue de ses dégâts. Sur le plafond, je vis d'étranges constellations, un motif né des violences et des dégradations. L'Oblitérateur se profila au-dessus de moi, ses lames déferlant vers ma tête et bloquant le ciel de vue. Je fermai alors les yeux, et dans les ténèbres de mon esprit, les constellations se transformèrent dans le ciel nocturne de Theros.

Je me suis souvenue d'Héliode, le dieu du soleil. Je l'avais vu le jour où j'ai obtenu mon épée. Sa silhouette surplombait l'horizon. Il était comme un homme, mais dont l'essence était issue des étoiles. J'ai désespérément souhaité aller sur Theros, au cœur du seul plan dont j'aie jamais vu le visage d'un dieu.





Mon sang se déversa hors de moi alors que je quittais ce monde cauchemardesque. Dans l'étrange flou chaotique des Éternités aveugles, j'ai pensé au divin. Peut-être y-a-t-il quelque chose au sujet des dieux qui rend Theros indestructible. Peut-être que leur divine présence signifie qu'il ne peut être ni infecté ni détruit. Peut-être, s'il y a des dieux, que le monde ne peux pas s'écrouler.

Je dois découvrir ce que sont les dieux et ce qu'ils veulent. Souhaitent-ils des sacrifices ? De la loyauté ? De l'honneur ? Jusqu'à ce que je récupère, je suis dans les limbes, au fond de cette grotte sacrée où la vie et la mort paraissent coexister dans une harmonie étrange. D'où je repose, je peux apercevoir le ciel bleu de mon nouveau monde à travers une fine faille traversant la roche. Il n'y a rien pour m'empêcher de sortir. Dès que je le pourrai, je sortirai et renaîtrait. Je suis décidée à rester ici jusqu'à ce que je comprenne la nature de ce monde et de ses divins intendants.

Si tu étais là, Ajani, que me dirais-tu de faire ? Devrais-je hurler le nom d'Héliode au ciel ? Ou après tout suis-je autorisée à parler en son nom ? Devrais-je faire un sacrifice ? Mon épée est la seule chose de valeur que je possède susceptible d'intéresser un dieu.

Qu'en est-il de cette prière : S'il-vous-plaît puisse-t-il y avoir ici quelque chose de plus grand que moi. Plus grand que ce mal sans relâche qui semble dévorer chaque lieu où je passe. S'il vous plaît, emportez la douleur et la solitude et les mémoires dont je ne veux plus.

Voilà ce que je dirais à Héliode, si jamais je revois son visage : Donnez-moi le calme. Donnez-moi la paix. Donnez-moi enfin le repos.

Voilà Ajani, tu sais tout. Si jamais tu entends mon histoire, me jugeras-tu ? Me traiteras tu de couarde pour avoir fui encore ? D'autres le feront peut-être, mais pas toi. Quand tu me regardes, tu vois tout ce que je pourrais être. Que je me regarde, je vois seulement tout ce que j'aurais dû être.

Éternellement tienne,

Elspeth

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