Gardienne (Icalia, Chapitre 3)

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par niuttuc, le , 1238 consultations , 1

  Chroniques guerrières



Il était rare que j'apprécie des levers en dehors du Havre désormais. Ces matinées dans les cieux de Kamigawa étaient toujours un plaisir. Quitte à rester, j'essayais de me rendre utile. Il s'avéra que mes ailes étaient bien plus pratiques que les sorts de vol Soratami, pour la plupart basés sur l'utilisation de nuages, pour déployer un effort. Je passais également un moment avec Nashi, emmenant même le jeune (et léger) nezumi voler avec moi pendant qu'il me faisait visiter les lieux. Ses dernières années dans les cieux l'avait immunisé à tout vertige, et si l'ironie de notre coopération ne manqua pas de me venir à l'esprit, nos deux espèces avaient depuis longtemps dépassé les relations que pouvaient avoir nos cousins du royaume animal.

C'est après le repas de midi que je me retrouvais à nouveau entourée de jeunes yeux et prête à reprendre l'histoire interrompue la veille au soir.


« Hier, je vous ai raconté mon arrivée sur Moloni et ma découverte du lieu, de sa magie émergeant de Sources, et de comment je suis accidentellement devenue la Gardienne de l'une d'elle. Nous nous sommes arrêtés alors que j'étais en voyage vers la cité-Source de Trenne, en compagnie de celui qui m'avais accueillie et accompagné sur le Plan jusque là. Je venais de lui révéler mon nom, et le fais que je supposais être une Arpenteuse des Plans.

C'est un silence long et pesant qui accompagna notre voyage dans un premier temps. À mesure que nous avancions, les collines s'accentuaient et les virages devenaient plus nombreux. Nous continuâmes de nous approcher de notre destination, et, après quelques heures, je pus voir une forme d'aile inhabituelle au loin dans le ciel. Transformant temporairement mes yeux de ces yeux de mammifères en yeux de rapace, je pus suivre du regard le dragon qui arrivait dans notre direction.

-Un dragon ? » Pendant que je m'arrêtais à cette question, un adulte me fis comprendre que l'horaire assignée au repas de midi prendrais bientôt fin.

-Une dragonne en fait, comme je l'apprendrais plus tard, ne vous inquiétez pas, vous aurez tous les détails. Elle arrivait, donc assez rapidement.

« Il y a beaucoup de dragons par ici?, demandais-je à mon compagnon silencieux.
-De dragons ? Vous n'avez pas ça dans vos autres mondes?
-Sur les autres mondes je ne sais pas, mais Dominaria a sa part de dragons. Je pose la question pour savoir si celui qui arrive par ici est une coïncidence, ou s'il vient spécifiquement vers moi.
-Un dragon arrive par ici?
»
Sa voix paraissait à la fois surprise et inquiète. Je lui montrais au loin la forme qui se rapprochait. Il soupira et arrêta aussitôt la charrette. Enfin, au plus vite qu'on puisse arrêter une charrette sans risquer de la renverser. Il détacha le cheval, et l'emmena plus loin par la bride. Je m'apprêtais à descendre à sa suite, quand il me dit :
« Je vais vous laisser vous débrouiller avec elle, appelez-moi quand vous aurez fini. »

Je l'observais, surprise. Apparemment, il ne me voyais plus comme autre chose qu'une charge et qu'une étrangère, ou réfléchissais encore à mes révélations. J'envisageais de voler à sa suite pour lui donner mon avis, mais le dragon – la dragonne, me corrigeais-je alors – s'approchait à une vitesse inquiétante.




Dragon in flight par Jonas Åkerlund.


Gardant mes yeux avemains dans ce corps d'ange fixés sur la forme volante, je pus la voir amorcer une montée. J'avais participé à assez de vols pour savoir qu'elle s'apprêtait à me fondre dessus. Sans réfléchir plus longtemps à cet acte agressif, et ne comptant pas rester immobile, je décollais de la charrette, et passais sous la dragonne, avec l'intention de la forcer à faire un long demi-tour. Je ne savais pas pourquoi elle voulait m'attaquer, mais des années de diplomaties m'avaient apprise que la plupart des combats débutent sur un malentendu. »

« Mais la rencontre attendra ce soir, un après-midi vous attend.
-Mais la dragonne ? Le combat ?
-Vous attendra bien jusqu'à ce soir, ça fait trois siècles que je m'en souviens, je ne risque pas de l'oublier de suite. »

Malgré les demandes vocales et visuelles de l'auditoire, la fin du récit fut donc repoussé à la soirée. Je passais le reste de la journée à aider Tamiyo et à discuter avec elle de ce que nous avions appris chacune de notre côté. J'appris un peu plus sur le passif de Tezzeret que n'avait pas précisé Ajani la veille, et nous partageâmes nos informations sur les derniers agissements du Dragon. Il était resté plutôt calme durant une cinquantaine d'années, concentré sur ses machinations sur Alara, mais avait récemment mis en action de plus en plus de plans. De plus, Tamiyo comme moi-même commencions à entendre courir des rumeurs sur un autre dragon étant rentré dans la partie, mais sans détails à son sujet.

Depuis ma dernière visite, j'étais également passée sur Zendikar et le plan continuait sur sa lancée de lente reconstruction. La soratami me fit également part de certaines de ses théories sur ce qui s'était passé sur Innistrad, à partir de ses notes et relevés. Je doutais qu'Emrakul ne se prépare sur des échelles de temps que nous pourrions comprendre, mais la situation d'Innistrad serait tout de même à surveiller dans les années à venir.

Kaladesh était un bon exemple des dégâts que ces Sentinelles pouvait causer sans apport eldrazi. Je n'appréciais pas spécialement ce vedalken, mais il paraissait de plus en plus évident que j'aurais à inviter monsieur Baàn au Havre pour avoir une autre version de ce qui c'était passé dans Ghirapur. Je me fis une note d'aller contacter Ivegard sur Lorwyn, elle était familière avec Kaladesh et avec les capacités de l'ex-ministre, ainsi que son caractère, ce dernier étant possiblement plus problématique que ses pouvoirs.

Ces conversations, entrecoupées d'autres occupations et occasionnellement d'un enfant ou un autre, remplirent l'après-midi. Le repas du soir fut plus informel et plus privé, avec seulement Tamiyo et Genku, et ce dernier était très intéressé par ces autres Plans que sa femme visitait. Particulièrement sur les parties que Tamiyo avait tendance à oublier dans ses comptes-rendus analytiques.

Nous retournâmes ensuite dans la bibliothèque, habitée de conversations peu caractéristiques d'un sanctuaire de lecture. Mon auditoire du midi s'était apparemment enrichi de quelques têtes, et je me mis rapidement en place pour reprendre :


« Donc, nous nous étions interrompu à midi alors que je décollais et qu'une dragonne s'apprêtait à me fondre dessus. Je ne savais pas pourquoi elle m'attaquait ni même qui elle était, mais attaquer un dragon et espérer gagner sans une longue préparation et d'autres avantages n'est pas la meilleure des idées, donc mon plan était toujours d'esquiver mon reptilien agresseur et d'essayer de la raisonner.

Quand, m'élevant sur ma trajectoire, je vis la dragonne baisser la tête et ouvrir la gueule, je compris que ma stratégie ne marcherais pas, car j'avais oublié un fait crucial, les dragons ne disposant pas que de leurs griffes et gueules pour infliger des blessures. Me remettant rapidement, et avant qu'elle n'ait commencé à cracher, mon esprit assembla et lança un sort avec lequel j'étais familier, un simple sort de Silence improvisé à la hâte. Ce sort ne durerait pas bien longtemps et bloquerais à la fois magie et parole, mais je fus déjà étonnée par la vitesse à laquelle je lançais ce sort. Je n'aurais probablement pas dû l'être, mais je m'habituais peu à peu à mon nouvel esprit.

Cet esprit, justement, perçu la forme que la dragonne avait voulu donner au mana rouge ambiant, dont je réalisais seulement que je pouvais consciemment percevoir la présence. Usant de ces connaissances et d'un enchantement plus ciblé, je me garantis que rien ne sorte de la bouche de ce dragon qui soit plus dangereux que des insultes jusqu'à ce que j'en décide autrement.

Juste à temps, puisque j'entendis le rugissement de dépit de la dragonne m'indiquant que mon Silence avait pris fin, et que la dragonne était énervée. Je profitais de ma plus grande maniabilité pour tourner et aller me placer au dessus d'elle. Du moins c'était l'objectif.

À peu près à mi-chemin, je me rendis compte d'une perturbation dans le mana autour de moi. Ne pouvant arrêter ce sort avant son lancement, j'essayais d'improviser une protection contre la magie des montagnes, mais avant que je n'en ai fini, une grande lumière m'aveugla et une grande douleur me saisit l'aile pendant un instant. Me remettant de ce choc bien plus rapidement que je l'aurais fait en tant que mortelle, je recréais mes yeux et, constatant une large brûlure autour d'un trou dans mon aile, une bonne quantité des plumes supposées s'y trouver ayant également disparu, je « soignais » cette plaie en recréant mon corps et les plumes qu'y s'y trouvaient.

Je profitais de la surprise de la dragonne de me voir rétablir mon vol aussi vite pour reprendre l'altitude que j'avais perdu, profitant de l'air chaud qui restait là où la Foudre m'avais touché. Je fus bientôt quelques mètres au dessus du corps massif du reptile. Durant le peu de temps dont je disposais avant qu'elle ne se dévie de cette position, je lui adressais la parole :

« Bonjour ! Pouvez-vous me dir... »

Je n'eus pas le temps de terminer ma question que la dragonne fis un tour sur elle-même en essayant de me donner un violent coup de griffe, que j'évitais de justesse, avant de se diriger vers le bas et de se redresser. Elle ne me laisserais visiblement pas d'occasion pour la parole, donc je jouait le jeu et me replaçais, prenant un lent virage correspondant à celui de la dragonne m'amenant directement sur sa trajectoire. Je la voyais essayer de cracher ses flammes en ma direction, et échouer, évidemment. Un coin de mon esprit remarquais que la magie que la Dragonne utilisait étais relativement peu puissante, par comparaison à ce que j'attendais, puis je remarquais qu'on étais probablement près de la frontière de l'Environnement local, elle ne devais donc pas avoir accès à une quantité importante de magie, contrairement à moi, connectée directement à ma Source.

Je préparais ma magie, et créait une large barrière de mana autour de moi. Elle pourrait probablement la passer, mais cela lui prendrait du temps, durant lequel j'essayais à nouveau d'engager la conversation.






Mur angélique, par John Avon


« Comme je disais, bonjour ! Pouvez-vous me dire pourquoi vous m'attaquez ? Je suis nouvelle par ici et peut-être ai-je fais quelque chose ? »

Je me doutais déjà de la raison, c'était presque évident maintenant que j'y réfléchissais un peu plus calmement. Je suivais la dragonne pendant qu'elle inspectait ma barrière, ses puissantes ailes brassant de l'air et la maintenant en place. Les fentes de ses yeux reptiliens s'étrécirent à mon écoute, mais j'obtins tout de même une réponse de sa part. Sa voix était râpeuse, mais définitivement féminine, et transportait indignation et colère.

« Aberration ! Tu viens chez moi, brandissant ta magie étrangère, et me l'agite devant les yeux ! Je ne sais pas ce que tu es, ni comment tu fais ça, mais tu attaque mon Environnement! Tu ne devrais pas exister ! »

Effectivement, comme je m'en doutais déjà, la dragonne devais être la Gardienne de l'Environnement, et si ses perceptions de son Environnement étaient les mêmes que les miennes, mon corps angélique actuel constitué de mana et mon esprit d'Arpenteur des Plans, sans compter ma connexion à ma Source, ne pouvait qu'avoir apparu dans son Environnement comme un phare aveuglant.

Je me concentrais sur moi-même et, improvisant un sort arrêtant mes émissions de magie, cachait ma présence. Ce ne serait plus aussi visible à la dragonne et d'autres Gardiens, et m'éviterais sûrement des problèmes à l'avenir, puis profitais du peu de temps restant à ma barrière pour parler à mon agresseur écailleux.

« Désolé pour tout ça, croyez bien que c'est involontaire. Je suis Icalia, la nouvelle Gardienne de la Source qui vient d'émerger non loin.

-NE ME MENS PAS, ABERRATION ! Si une Source avait émergé assez proche pour que tu puisses être ici, je l'aurais senti bien plus tôt !
-J'ENTEND PLUS RIEN, VOUS AVEZ FINI LÀ-HAUT?
»

La voix de mon guide venait du sol, où je l'aperçu regardant dans notre direction, au côté de son animal. Entre la distance et la lumière de ma barrière, il devait simplement nous voir proche l'une de l'autre sans gestes agressifs. Je me préparais à canaliser ma voix pour le prévenir de retourner se cacher, mais avant que je n'eus fini, la dragonne, finissant les derniers lambeaux de ma barrière, répondit par un simple mot, sur un ton interrogatif.

« Ceril? »

De ma connaissance, encore mystérieuse, de ce langage, le concept paraissait être associé à beaucoup de situations qui me paraissaient sans rapport. Pendant que je m'interrogeais sur la signification de ce mot, la dragonne libérée initia une descente en direction de l'humain. Je m'engageais à sa suite, mais sur son terrain, avec son avance, la dragonne avait l'avantage ici.

La dragonne atterrit peu de temps avant moi devant l'humain qui n'avais même pas pris la peine de fuir, ayant lâché son cheval paniqué qui était retourné sous le couvert d'un bosquet voisin.

Je me réceptionnais (je commençais à maîtriser l'atterrissage avec ces ailes!), pendant que la Gardienne locale s'adressait au fermier, sa voix beaucoup plus chaleureuse.

« Tu es finalement sorti de ta ferme ? Qu'est-ce qui t'en a décroché ?

-Elle est arrivée.
»répondit l'homme (Ceril?) en m'indiquant de la tête.

La tête de la dragonne se retourna brusquement dans ma direction, se rappelant de mon existence, et me donna un coup de gueule, m'arrachant le bras droit par ici (Je montrais un niveau un peu sous l'épaule), en même temps que Ceril s'exclamait : « NON ! »

Simultanément, une brève mais intense douleur envahit mon esprit avant qu'il ne la mette de côté. Je regardais, ne comprenant pas vraiment ce qui m'arrivait, l'emplacement précédemment occupé par mon bras, et le visage de la Dragonne, le sang de mon bras tachant sa gueule, alors qu'elle avait l'air incertaine et presque gênée.

Après avoir avalé le bras, et pendant que j'étais toujours sous le choc, la dragonne interrogea Ceril. Pendant la conversation, je la vis réduire de stature rapidement. À la fin de celle-ci, elle était désormais bipède et bien moins imposante, même si elle dépassait encore l'humain et moi d'une bonne tête, cornes non comprises.

« Qu'est-ce que c'est ?
-Qu'est ce qu'elle t'as dis ?
-Ça m'a dis être la Gardienne d'une nouvelle Source.
-Pour autant que je puisse le dire, c'est la vérité. Une nouvelle Source a émergé près de chez moi, et elle a communié avec elle hier. Mais elle est aussi autre chose.
-Est-ce que ça explique comment c'est là ?
» La dragonne, maintenant à taille presque humaine, se redressa alors sur ses jambes, adoptant une forme plus humanoïde.
« Elle dit s'appeler Icalia et venir d'un autre monde. Elle est arrivée ressemblant plus à un oiseau qu'à un ange. Elle dit être une Avemaine. Elle pourrait utiliser ces autres mondes pour communier avec sa Source. Je l'ai vue faire de la magie en dehors d'un Environnement ! »
L'entendant révéler mes secrets me sorti de ma stupeur. Me concentrant sur mon bras, il fut à nouveau présent à mon côté, sans plus de séquelles ni cicatrices. Avec des plumes cependant. Puis, repassant rapidement sur mon bras, je fus doté d'un bras correspondant un peu plus à un ange et non à une avemaine. Pendant ces quelques secondes, la conversation continuai.
« D'autres mondes ? Ne soit pas ridicule !
-Tu as bien vu ce qu'elle peut faire... As-tu déjà vu une telle magie angélique dans ton Environnement ?
-Puisque tu en es à révéler mes secrets, Ceril, je ne suis pas un ange. Enfin, présentement si, je suppose. C'est compliqué.
»
Pendant que je soulignais le nom que j'avais dû apprendre de la bouche d'une dragonne voulant ma mort plutôt que de l'intéressé, la dragonne en question me jeta un regard violent, à moi et à mon nouveau bras. Un coup d'œil de Ceril (après qu'il ait lui aussi fixé mon bras neuf) calma la dragonne, mais je ne doute pas que si elle n'avait pas été dans cette forme, j'aurais probablement eu plus qu'un bras à réparer.

« Donc, comme il était en train de vous dire, et que j'ai essayé de vous expliquer, je suis Icalia et tout ce qu'il vous a dit. Puis-je être informée d'à qui je m'adresse ?
-Tu as de la chance d'avoir le témoignage de Ceril. Sais-tu au moins qui il est ?
-Ce qu'il m'en a dit. Un ancien Messager ? Le concept est nouveau pour moi, et je ne sais de lui que ce qu'il a laissé transparaître. Et merci à vous d'enfin m'accorder cet entretien sans essayer de séparer des parties de mon corps.
-Icalia...
»intervint l'humain, tandis que mon interlocutrice fronçait.
« Il était Messager oui, et c'est déjà d'importance... Mais il a aussi protégé ma Source à mes côtés, et ce malgré sa retraite ! Tu as débarqué, et il viens me prévenir, toujours loyal malgré les années et les déceptions. Sais-tu combien c'est rare ?
-Bien assez. Je suis peut-être âgée de quelques jours sur ce monde, mais ne me prenez pas pour un nouveau-né, je négocie des traités depuis plus de dix ans maintenant.
-*Hmpf*. Tu te dis négociatrice et tu viens m'agresser sur mon territoire à grand bruit et sans annonce ?
-Je me suis déjà excusée pour cela, quand vous essayiez de me démembrer et, entre parenthèses, que je ne vous ais pas attaqué. Je n'étais pas consciente de la magie que je dégageais.
-Quand bien même, pourquoi abandonnerais-tu ta Source pour venir jusque chez moi.
-Parce que, croyez-le ou non, je n'ai pas demandée à être la Gardienne de quoi que ce soit, et aussi agréable que soit cette Source, j'ai des choses à faire chez moi. Je suis arrivée sur votre monde par accident, mais n'arrive pas à en sortir. Je me suis dis qu'une ville serait plus à même de m'éclaircir la voie que les fermes entourant ma Source. Sans vouloir t'offenser, Ceril.
-Pas d'offense.
-Je ne suis toujours pas convaincue par ton histoire d'autre monde.
-À vrai dire, moi non plus.
-Vous avez une meilleure explication pour ce que je suis et peut faire ? Vous pensez vraiment que j'inventerais une explication comme celle-là sans raison ?
-Oh, je ne doute pas que tu ais une raison.
-Merci de m'en faire part si vous la trouvez. Maintenant que vous n'essayez plus de me tuer, je vais peut-être pouvoir reprendre le chemin de votre ville ? Avec votre permission, cette fois, bien sûr.
-Tu vas venir en effet. Directement dans une de nos prisons, jusqu'à ce qu'on tire cette affaire au clair. Sans Ceril, tu n'aurais probablement même pas eu cette chance.
-À vrai dire, je ne l'ai pas vraiment eu quand vous m'avez attaqué.
-Ceril, je vais l'emmener, retrouve moi au Cœur dès que tu arrive, j'aurais prévenu la garde, et on pourra voir pour son procès avec Honu.
-Honu ? Qu'est-il arrivé à Ennard ?
-... Il est mort deux ans après que tu sois reparti.
-Mort ?
-Oui, désolé de te l'apprendre comme ça... Je pensais que la nouvelle aurais au moins atteint les campagnes.
-...Il était un grand homme. Que les démons le gardent.
-Que les démons le gardent.
»
« Je te retrouve plus tard, Voclya ! »

J'appris ainsi le nom de cette Gardienne. Au vu du dernier regard échangé entre les deux, je dirais qu'elle n'en étais pas enchantée. Pour certaines magies, les noms sont des outils puissants. Je laissais la dragonne reprendre sa forme initiale et décoller. Pendant qu'elle faisait ça, j'aperçus l'humain se diriger vers le bosquet où il avait laissé son moyen de locomotion. Je calmais la bête et d'une poussée mentale, l'incitais à ne pas fuir plus loin qu'elle n'étais déjà partie. Malgré la distance et la différence, son esprit fut tel de la glaise entre mes pensées, chose qui me révulsa aussitôt. Je remarquais aussi la tête de la Dragonne me regardant fixement, avant de se détourner et de décoller, m'invitant d'un geste de tête à la suivre.

Je m'arrachais au sol à sa suite et allais me placer à ses côtés. Il y eu un silence gênant tandis que nous nous éloignions.

« Bon, je préférerais éviter la prison, mais si vous y tenez absolument...
-Tu n'as pas vraiment le choix. Je vois mal qui d'autre que moi ou Honu pourrais te surveiller, et je ne tiens pas particulièrement à ta vue pour cela.
-Honu ?
-Sa Majesté Honu Ennardel de Trenne, Seigneur de ces terres.[b] »
Je continuais de m'informer pendant que mes réflexes de diplomates prenaient en compte les adresses formelles que me donnait Voclya.
« [b]Et il pourrait me surveiller ? Quel rôle ont les Seigneurs dans la Fédération au juste ?
-Les Seigneurs régulent et protègent les Sources, tout en régnant sur le territoire de l'Environnement et de ce qu'il y a autour. Ils peuvent sortir de l'Environnement contrairement aux G... aux AUTRES Gardiens.
-Régulent et protègent les Sources ? Ce n'est pas déjà ce que font les Gardiens ?
-Ils se trouvent que même les Sources ne sont pas si simples que ça. Elles nous créent pour se protéger du contrôle direct des mortels, mais peuvent disparaître si elles ne sont pas utilisées. Les mortels et leurs activités semblent les renforcer. En Cyr, la façon dont nous sommes en équilibre est en liant un mortel digne et de confiance à la Source et en faisant de lui ou d'elle le dirigeant de la zone. Une fois en Symbiose, les mortels ont accès à certains de nos pouvoirs, et un accès direct à la magie de la Source, meilleurs que même le nôtre par certains aspects. Ils nous permettent aussi d'avoir une autre personne pour surveiller la Source quand on s'éloigne un peu pour aller chercher des aberrations à la frontière de l'Environnement.
-... Je me rend compte que j'ai laissé ma Source sans protection.
-En effet. Il ne faudra pas trop prolonger cette situation. Pour l'instant pas trop de risques, je ne pense pas qu'un autre mage soit dans le même trou que Ceril ou pensera à utiliser de la magie là-bas. Pour le reste, tout dépend de la portée de cette nouvelle Source.
-Une dizaine de kilomètres ?
-Dix kilomètres ? Pour une Source qui vient d'émerger ? Tu ne pourras pas rester seule très longtemps.
-Et la Fédération dans tout ça ?
-La Fédération ? La Fédération n'est guère plus que quelques règles et noms partagés dans la région... Malgré les efforts de Protacus et des autres Flux, les Messagers se font rares, et ils préfèrent les garder à portée d'aile ces derniers temps. Il garde encore les Empires en retrait, mais pas grand-chose d'autre.
» À ces mots, elle grogna légèrement. Du visage, je l'invitais à approfondir la raison de ce grognement.
« Il va falloir que j'envoie chercher un Messager pour s'occuper de toi. Ganara doit être informé, et Protacus viendra sûrement avec... Je n'aime pas le voir chez moi.
-Je croyais que les Flux étaient des Gardiens ?
-Protacus est un cas particulier.
-Comme moi ?
»

Il y eu alors une pause durant laquelle elle sembla considérer le fait, avant un simple :

« Non. » La réponse était directe et décisive. Nous continuâmes notre vol pendant encore quelques minutes, la conversation se réduisant à quelques instructions. Pendant que nous volions les collines s'accentuèrent, formant des paysages accidentés s'assimilant plus à des basses montagnes.




Valley Citadel par Alynn Spiller.


Quand la cité arriva enfin en vue, j'admets que je fus étonnée. La ville s'étendait sur un côté de la base de ce qui ne pouvait pas être appelé une colline. Ce qui me choqua plus était la forme de la cité, dont le cœur était un assez évident bâtiment massif. Autour de ce centre s'étendaient des bâtiments, dont la hauteur semblait dépendre de leur proximité au centre, formant un cercle de pierre et un mont artificiel à étages. La raison de cette architecture fut claire grâce à mes autres perceptions, sentant des vagues de mana émerger de ce centre de la cité. L'eau que je voyais couler de la cité et le long de la vallée provenait sûrement d'une source plus classique dans la montagne.

Nous nous posâmes finalement sur une plate-forme probablement prévue à cet effet dans le bâtiment central. L'architecture m'était étrangère. À la demande de la dragonne, j'avais parcouru les derniers kilomètres au dessus d'elle, cachée par sa silhouette, afin d'éviter les questions. Les gardes à la sortie de la plate-forme me virent cependant avant que je n'ai le temps de faire disparaître mes ailes. Nous marchâmes vers une grande porte au bout de la plate-forme, ma démarche un peu gauche tandis que je m'habituais à ce nouvel équilibre, puisque c'était la première fois que je marchais sans ailes dans mon dos. J'admets que c'était plus pratique pour passer les portes humaines. Ce n'aurait pas été un problème avec la porte en question, qui était assez grande pour laisser passer la dragonne dans ce que je supposais être un petit palais construit autour de la Source, que je sentais pulser de mana de feu, d'aussi proche. En passant, la dragonne adressa quelques mots aux gardes, un orc et un humain.

« Si un mot de ce que vous avez vu quitte cette plate-forme, je m'arrangerais avec le prochain recruteur pour que votre service prenne un caractère plus... permanent. »

Je ne savais pas encore ce qu'elle voulait vraiment dire par là, et les gardes ne bougèrent pas, mais j'apprendrais plus tard la menace qu'elle avait brandie pour garder le secret. Nous entrâmes dans une longue salle éclairée de fenêtres massives. Pendant que nous nous dirigions vers le bout de ce hall, la dragonne reprit sa forme bipède. Le hall nous emmena dans un escalier, l'escalier vers d'autres couloirs et escaliers. Voclya entra brièvement dans une salle en m'indiquant de l'attendre en dehors. Enfin, après encore un peu de voyage, la dragonne prit quelques dizaines de secondes pour ouvrir une combinaison de protections magiques et mécaniques et me fit entrer dans une salle assez richement décorée, m'indiquant l'ouverture. J'entrais dans la pièce, dont les flammes couvertes s'allumèrent sur un sort de celle qui me guidait. Depuis l'embrasure, elle affirma d'un ton sec.

« Ce sera ta cellule. Ne touche pas à l'Annulpierre. » Je remarquais le lit dans un coin, et l'absence de fenêtre. Alors qu'elle commençait à fermer la porte, je l'interpellais.

« Attendez !

-Quoi ? Tu pensais vraiment que j'allais te faire confiance après deux conversations ?

-Non, j'ai bien compris que je ne vous ferais pas changer d'avis sur mon enfermement... Au moins cette cellule paraît confortable. Je vous demanderais juste une faveur. Pourriez vous me faire parvenir des livres sur l'histoire de ce monde ou de cette région ? Ça m'occupera en attendant et me permettra de mieux comprendre où je suis.
»
Elle grogna simplement et acheva de fermer la porte. J'entendis ensuite tous les mécanismes se remettre en place, et sentir un soupçon de mana.

Laissée seule dans la chambre/cellule, je laissais mes sens l'envahir et connus bientôt le moindre grain de poussière de la pièce. Quelque chose me dérangeait cependant, un flou de quelques centimètres au cœur de la table centrale. Me posant sur le lit, je me concentrais sur cette partie de la table. Je pouvais en percevoir des ornements encerclant quelque chose, quelque chose que mes perceptions magiques ne semblaient pouvoir identifier. Quand je m'approchais pour l'examiner de mes yeux, après avoir déplacé la sculpture qui la couvrait, je ne pus voir qu'une gravure blanche formant une quintuple spirale qui s'inversait en son centre. Déplaçant ma tête à quelques centimètres au dessus de l'ouvrage, une sensation inconfortable se développa dans mon esprit. J'identifiais rapidement que cela venait de ma connexion à ma Source, qui paraissait... lointaine. Ce qui était étrange, puisque j'y étais connectée par quelque chose qui transcendait les distances. Je fis l'expérience en reculant de deux pas en me concentrant sur ma Source, et le flou laissa place aux alentours de la Source que j'apprenais rapidement à connaître par cœur.

J'essayais de former un sort de Son me permettant d'identifier la composition de l'intérieur de cette spirale, mais je n'eus aucun résultat. Ce qui en était déjà un, le sort ne s'étant même pas lancé et la magie dissipée. Quoi que ce soit, ça ressemblait à une de mes Interdictions, excepté l'effet sur ma connexion à la Source, que je ne m'expliquais pas. En même temps, je ne comprenais déjà pas totalement la façon dont j'avais pus établir cette connexion non plus.

Au milieu du tourbillon de découvertes, Voclya m'avait averti de ne pas toucher à l'Annulpierre, et je savais déjà de ma communion avec ma Source que le mana des lignes ley était bloqué par un matériau qui m'était inconnu. J'avais mis ce commentaire dans la catégorie des ‘s'expliqueront tout seuls avec le temps si j'en ai besoin avant de rentrer' avec les commentaires politiques et les mentions de démons, mais le nom en était assez explicite. Je me demandais en passant également si cela avait un rapport avec la Lune d'Annulation de Dominaria, de laquelle j'étais devenue très familière.

-Elle avait un rapport ?

-J'avoue ne pas m'être attardée sur le sujet, mais à ma connaissance, non, rien ne rapproche cette substance et notre lune disparue. Enfin bon, j'ai passé deux ou trois heures à tester les limites de cette pierre. Elle semblait bloquer les sorts en absorbant une partie du mana lorsqu'on essayait de former des sorts à proximité, les laissant ensuite se dissiper, et non simplement empêcher le lancement, comme l'aurait fait un de mes Silences. Je me demandais où allait tout ce mana, les lignes leys de ce monde n'étant pas accessibles directement comme celle de Dominaria ou de Kamigawa le sont. Les sorts à la forme plus restreinte, ou même intérieure à mon corps, semblaient passer les mailles du filet.

J'étais occupée dans un coin de la pièce à essayer de contrôler la taille que prenait un sort, une entreprise bien plus aisée maintenant que je pouvais percevoir le mana aussi précisément et directement, quand on toqua à la porte.

Par réflexe, je pensais de suite à aller ouvrir, avant de me rappeler que je n'avais certainement aucun moyen d'ouvrir cette porte, ou tout du moins je n'aurais pas dû en avoir. Avant que je ne puisse ouvrir les yeux, je me retrouvais devant la porte, sans avoir marché jusque là. Bannissant cette énième étrangeté de mes pensées, j'annonçais un hésitant « Entrez ? » à mon visiteur inconnu.

En réponse, il y eu un « Oh, c'est vrai. » étouffé, suivi de quelques secondes de pause, l'activation des mécanismes de la porte et un souffle de mana. La porte s'ouvrit sur un humain habillé de rouge et de blanc. À côté de lui, sur le sol, était posée une petite pile de livres et parchemins que je supposais être ceux que j'avais demandé. Derrière lui se tenait deux hommes d'armes. Enfin, si ma mémoire ne me fait pas défaut, un homme et une femme d'armes. Il se baissa pour ramasser les tomes et me les tendis.

« Il me semble que vous avez demandé ça ? Voclya n'était pas très claire. »

Je récupérais les ouvrages et jetais un coup d'œil aux titres, que j'arrivais apparemment à lire autant qu'à comprendre. « Cyr, naissance, désastre et Fédération », « Les cent cités », « Kerilie ».

« Euh, oui, merci. » Je me retournais pour poser les livres sur la table, et gardais uniquement le premier. L'homme attendait toujours devant la porte, il me posa une question pendant que je lui faisais de nouveau face.

« Pour qui travaillez-vous ? Cela fait longtemps que cette chambre est inoccupée.
-Hein ? Je ne travaille pour personne.
-Évidemment. Je n'ai jamais vu Voclya réagir comme elle l'a fait, et cette chambre est réservée à des personnes qui n'arrivent pas ici sans support. Pour qui travaillez-vous ?
» Entre les événements de la veille, le conflit avec Ceril, et celui, plus violent, avec la dragonne, je dû faire appel à mes années de diplomatie pour rester polie avec cet insistant humain, qui après tout n'était pour rien dans ma position actuelle.
« Écoutez, je ne sais pas où je suis, qui vous êtes ou pourquoi je devrais vous faire confiance. Si vous voulez en savoir plus sur moi, demandez à votre Gardienne, elle devrais savoir les grandes lignes, pour peu qu'elle ait prêtée un minimum d'attention à nos conversations, ce dont ces livres que vous m'apportez sont le meilleur signe depuis que je suis arrivée dans l'Environnement ! »

À ça, un petit sourire se dessina sur son visage. Profitant de ma position à la table, il rentra dans la pièce. Ce geste de vulnérabilité en se plaçant dans le champ d'action de l'Annulpierre fut tempéré des deux gardes rentrant à sa suite.

« Oui, elle peut parfois être un peu bornée. Reprenons cette conversation à zéro, voulez-vous ? Bonjour, je suis Honu Elleanert. »

Reconnaissant le nom du Seigneur donné plus tôt, je m'inclinais devant lui. Je ne connaissais pas l'étiquette en vigueur, mais des voyages dans tout Dominaria m'avais appris que c'est rarement une mauvaise idée quand on rencontre le dirigeant d'un lieu.

« Bonjour Seigneur, Icalia, pour vous servir.
-Icalia ? Rien de plus ?
-Je crains que non.
-Sytérienne hmmm ?
-J'ai peur de ne pas comprendre.
»

Ce à quoi il sourit à nouveau. J'apprendrais dans un des livres qu'il m'avais apporté que Sytère était une petite mais puissante cité, dont les habitants ne portaient qu'un seul nom, à l'opposé des deux en usage dans le reste de Moloni.

« Oubliez. Les livres vous paraissent corrects ? Je n'ai pas eu beaucoup d'indications, et les commentaires ne sont pas très profonds.
-Ça devrait aller.
-Pourquoi en avez-vous besoin ?
-Oh, principalement pour m'informer et passer le temps, pas grand-chose à faire dans cette chambre.
-Cet endroit est toujours plus agréable que les autres options, croyez-moi. Je suis déjà étonné que vous soyez arrivée jusqu'ici. Voclya est moins... Diplomatique, d'habitude, envers les rares qui mériteraient d'êtres logés dans cette pièce.
-J'ai cru remarquer, oui. Notre rencontre a été mouvementée.
-Raison de plus pour que vous restiez ici.
-Bon, vous direz merci à Ceril de ma part quand il arrivera.
-Ceril ?
-Il me semblait que vous le connaissiez. En tout cas, il m'avait l'air de vous connaître.
-Je ne connais qu'un seul Ceril. Et je doute que je ne le vois sans une catastrophe monumentale.
-Cela doit-être moi dans ce cas.
-Oui, vous avez probablement été induite en erreur.
-Ce n'est pas... C'est sans importance, je ne voudrais pas vous retenir dans cette chambre, votre Seigneurie. Au moins un procès est prévu dans votre futur proche.
-Un procès ? Qu'avez vous donc fait ?
-Je suis venue. Mais au moins, grâce à vous, j'ai désormais de la lecture, grand merci.
-Il faut que je vois Voclya, excusez-moi, madame, mais vos demi-réponses ne me suffisent pas, et, pour être franc, je ne vous connais pas plus que de quelques mots.
-Et bien, au revoir, monsieur.
-Oui, nous nous reverrons.
» Il quitta la pièce, rapidement suivi par les gardes à la porte, me laissant seule avec ma Source, lointaine, et les livres d'histoire.

Je me posais à la table et considérant que Cyr était le seul nom que je connaissais, j'ouvrais l'ouvrage correspondant. Je découvris alors que les pages que je lisais, même brièvement, semblaient se ranger dans ma mémoire. D'une manière étrange, je pouvais revoir les pages dans ma tête, mais les informations, elles, ne restaient pas si je ne me concentrais pas sur le sens des mots qui y étaient inscrits. Avec mon esprit désormais capable de se concentrer sur plusieurs pages à la fois, cela accéléra tout de même énormément ma vitesse de lecture, et j'avais pratiquement achevé le troisième tome quand je ressentis une douleur vive. »

Un coup d'œil à la fenêtre et au yeux se fermant de certains des enfants me rappela du jeune âge de certains de mes auditeurs, et je profitais donc de cette dernière affirmation pour terminer ce chapitre de mon histoire, au grand dam des enfants gardés en haleine.

« Mais sa raison sera pour demain... En attendant la suite, même si ma mémoire n'est plus ce qu'elle était, gardez vos questions sur Moloni pour ce soir , j'essaierais d'y répondre demain midi. J'ai appris beaucoup de choses sur ce monde de ces livres, et bien plus par la suite. Comme tous les mondes, il est unique dans le Multivers, mais j'essaierais de vous en faire une description rapide et claire. »

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1 Louanges

Valàar
Le 30/01/2018

Pas de commentaire, c'est bien triste..
Je prends la responsabilité de rompre le silence.
J'adore. De la grande qualité, comme d'habitude
On attend la suite avec impatience !

Icalia elle a pas d'âme comment elle peut laisser des enfants sur un cliffhanger pareil ? ^^

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